Infections nosocomiales et qualité de l’air : quels services hospitaliers sont les plus exposés en 2026 ?

29 mars 2026

Les infections nosocomiales, aussi appelées infections associées aux soins (IAS), demeurent un enjeu de santé publique considérable.
Selon la dernière enquête nationale de prévalence (ENP 2022) publiée par Santé publique France, 5,71 % des patients hospitalisés ont contracté une infection lors de leur séjour, une hausse de 14,7 % par rapport à 2017, en partie liée à la pandémie de Covid-19. Hors infections à SARS-CoV-2, ce taux reste préoccupant à 5,35 %, confirmant une légère tendance à la hausse après une décennie de progrès.
Prochaine ENP prévue en 2027.

À l’échelle européenne, l’ECDC recense plus de 3,5 millions de cas et plus de 90 000 décès annuels dans l’UE. Ce constat impose une vigilance permanente, notamment sur la qualité de l’air intérieur dans les établissements de santé — un facteur souvent sous-estimé dans la chaîne de transmission.

Personnel médical parlant patient

Les 3 services les plus touchés par les infections nosocomiales

Les services de réanimation : le risque le plus élevé

Avec 23,17 % des patients touchés selon l’ENP 2022, la réanimation est le service hospitalier le plus exposé aux infections nosocomiales.
Les raisons sont structurelles : les patients y sont dans un état critique, fréquemment soumis à des actes invasifs (intubation, ventilation mécanique, cathéters vasculaires). Ces dispositifs ouvrent autant de voies d’entrée pour les agents pathogènes.

Les infections les plus fréquentes en réanimation sont les pneumonies sous ventilation mécanique, les infections liées aux cathéters et les septicémies. Le taux de mortalité des septicémies nosocomiales dans ce service peut atteindre 52 %.

Sur le plan aéraulique, le maintien de zones ISO 7 et ISO 8, la filtration HEPA et le renouvellement d’air contrôlé sont des mesures indispensables pour limiter la charge microbienne ambiante.

Les blocs opératoires et unités de soins intensifs : la contamination péri-opératoire

Les blocs opératoires et les soins intensifs sont le terrain des infections du site opératoire (ISO), parmi les plus fréquentes et les plus lourdes de conséquences. Elles peuvent se déclarer jusqu’à 30 jours après une intervention chirurgicale — voire un an en cas de prothèse ou d’implant.

La contamination peut survenir par voie aéroportée (spores, bioaérosols), par contact direct lors des actes de soins, ou via du matériel insuffisamment stérilisé. Dans ces environnements, la maîtrise de la qualité de l’air est réglementée : les blocs opératoires doivent répondre aux exigences de la norme ISO 5 à ISO 8 selon la nature des interventions.

Des systèmes de ventilation à flux laminaire et une surveillance régulière de la contamination particulaire permettent de réduire significativement ce risque.

Enfant en fauteuil roulant à l'hôpital

Les services de gériatrie : des patients particulièrement vulnérables

Les patients âgés présentent des systèmes immunitaires fragilisés et de nombreuses comorbidités. En gériatrie, les infections nosocomiales les plus courantes sont les infections urinaires (souvent liées aux sondes vésicales), les infections respiratoires et les pneumopathies d’inhalation.

Ce service concentre également une partie des cas liés aux bactéries multirésistantes (BMR), dont la prévalence augmente avec la fréquence des antibiothérapies. La qualité de l’air intérieur et la gestion des aérosols y jouent un rôle clé, d’autant que les patients restent souvent hospitalisés de longues semaines.

Quel rôle joue la qualité de l’air dans la transmission des infections nosocomiales ?

Les agents pathogènes se transmettent dans les établissements de santé par deux voies principales :

  • le contact direct (mains, surfaces, dispositifs médicaux invasifs)
  • la voie aéroportée, via les gouttelettes et les aérosols

Cette seconde voie est particulièrement redoutable dans les environnements clos et densément occupés.
L’OMS a confirmé dès juillet 2020 que le SARS-CoV-2 se propage majoritairement par aérosols de diamètre inférieur à 5 microns, restant en suspension dans l’air intérieur.
Ce constat vaut également pour d’autres pathogènes :

  • mycobacterium tuberculosis (tuberculose),
  • aspergillus (aspergillose),
  • bordetella pertussis (coqueluche).

L’aspergillose : une menace silencieuse

Causée par les spores du champignon Aspergillus, l’aspergillose invasive touche principalement les patients immunodéprimés (greffés, patients sous chimiothérapie).
Les spores circulent dans l’air et peuvent coloniser les poumons de patients aux défenses immunitaires affaiblies.
Des filtres à haute efficacité et un confinement des zones à risque sont essentiels pour prévenir sa diffusion.

Candidozyma auris : la nouvelle menace fongique émergente

Depuis 2024, un nouveau champignon s’impose comme une préoccupation majeure pour les hôpitaux français et européens : Candidozyma auris (anciennement Candida auris).
Résistant à de nombreux antifongiques, capable de survivre durablement sur les surfaces et dispositifs médicaux, il provoque des infections invasives avec des taux de mortalité estimés entre 29 % et 53 % selon les études.
En Europe, 1 346 cas ont été recensés dans 18 pays de l’UE en 2023 selon l’ECDC, avec une accélération nette depuis 2020.

En France, 31 cas ont été signalés depuis janvier 2023, dont plusieurs ont formé un cluster actif en 2025. Face à ce risque, les autorités sanitaires françaises ont mis en place dès l’été 2024 une recommandation de dépistage systématique pour tout patient transféré depuis un hôpital étranger.
Une fiche pratique co-rédigée par le CNR des mycoses invasives, le CPias des Hauts-de-France et la SFMM a été publiée en mai 2025.
Ce champignon cible en priorité les patients en réanimation sous dispositifs invasifs — soulignant à nouveau la vulnérabilité particulière de ce service.

Tuberculose et coqueluche : un retour préoccupant

La tuberculose connaît une recrudescence dans plusieurs pays d’Europe, portée par l’augmentation des résistances aux antibiotiques et la mobilité internationale.
Sa transmission aérienne impose une surveillance renforcée de la ventilation dans les établissements de soins.

La coqueluche, quant à elle, a retrouvé une forte circulation en France depuis 2024, rappelant que l’immunité vaccinale s’érode dans le temps.
Dans les services pédiatriques et les maternités, le risque de transmission inter-patients est élevé.

Personnes âgées soignées par le personnel médical

Bilan post-Covid : quels enseignements pour la prévention des infections nosocomiales ?

La pandémie de Covid-19 a redéfini la hiérarchie des infections nosocomiales. Première infection associée aux soins en France dès 2020, le Covid-19 a mis en lumière les limites des infrastructures hospitalières face aux pathogènes aéroportés.

Parmi les facteurs favorisant la transmission : le relâchement des gestes barrières — notamment le retrait du masque lors des pauses —, les chambres doubles et la saturation des services. Selon Santé publique France, ce dernier facteur aurait été à l’origine de 20 % des infections nosocomiales à Covid-19.

La crise sanitaire a également exacerbé un problème préexistant : l’antibiorésistance.
En France, 130 000 patients par an sont concernés par une infection à bactérie multi ou hautement résistante, associée à 5 500 décès, selon les données ECDC/Santé publique France.
La tendance se dégrade : la consommation d’antibiotiques a augmenté de 5,4 % en 2024 par rapport à 2023, avec 27 millions de patients sous prescription, soit 40 % de la population.
La synthèse « Une seule santé » 2024 de Santé publique France note par ailleurs une remontée préoccupante des résistances aux céphalosporines de 3e génération après des années de légère baisse. Cette surconsommation alimente la sélection de souches bactériennes résistantes, rendant certaines infections nosocomiales de plus en plus difficiles à traiter.

Trois médecins discutent rayons X.

Quelles solutions pour réduire le risque infectieux aéroporté ?

La prévention des infections nosocomiales repose sur un ensemble de mesures complémentaires :

Hygiène des mains

Premier geste barrière, son respect strict reste la mesure la plus efficace pour limiter la transmission manuportée.

Gestion des dispositifs invasifs

Protocoles stricts lors de la pose et de l’entretien des cathéters, sondes et drains.

Surveillance institutionnelle

Le réseau REPIAS (anciennement RAISIN) assure la coordination nationale, relayée localement par les CLIN et les Équipes Opérationnelles d’Hygiène Hospitalière (EOHH).

Qualité de l’air intérieur

La purification de l’air constitue un levier de prévention complémentaire, particulièrement pertinent pour les pathogènes aéroportés. Les technologies de filtration HEPA permettent de capter les particules submicroniques — bactéries, spores fongiques, virus — là où la ventilation seule ne suffit pas.
Chambres de patients, salles d’attente, espaces communs et zones de pause du personnel sont autant de lieux où cette approche peut contribuer à réduire la charge virale et bactérienne dans l’air.

Impact économique : un coût majeur pour le système de santé

Les infections nosocomiales prolongent les séjours hospitaliers, génèrent des examens et traitements supplémentaires et peuvent entraîner des séquelles durables.
Selon les données de l’OPEPS, le surcoût moyen par infection est estimé entre 3 500 et 8 000 €, pour un total de 2,4 à 6 milliards d’euros par an en France.

Une réduction de 10 % du nombre d’infections représenterait une économie de 240 à 600 millions d’euros — sans compter le bénéfice humain considérable que représentent les infections et les décès évités.

Les infections nosocomiales restent un défi majeur pour les établissements de santé français et européens en 2026.
Si les progrès en hygiène des mains et en gestion des dispositifs invasifs ont permis des avancées réelles, la transmission aéroportée demeure un maillon faible — notamment dans les services de réanimation, les blocs opératoires et les unités de gériatrie.

Intégrer la qualité de l’air intérieur dans les stratégies de prévention des risques infectieux n’est plus optionnel : c’est une exigence médicale et économique.
Filtration HEPA, ventilation contrôlée et surveillance de la contamination particulaire forment aujourd’hui un triptyque indispensable à la sécurité des patients et des soignants.

Sources : Santé publique France (ENP 2022, synthèse One Health 2024), ECDC (rapport C. auris 2025), INSERM, OMS, Ministère de la Santé, OPEPS, Institut Pasteur / CNR mycoses invasives, SFMM, CPias.

Anticorps attaquant un virus