Pédicures-podologues : risques professionnels liés à la qualité de l’air intérieur et solutions de prévention

28 mars 2026

En résumé

  • La profession de pédicure-podologue figure parmi les plus exposées à la pollution de l’air intérieur : particules fines PM2,5 issues du fraisage et du ponçage, composés organiques volatils (COV) émis par les colles, solvants et désinfectants, aérosols biologiques.
  • Les expositions répétées peuvent être associées à des troubles respiratoires chroniques, des polypes nasaux, de l’asthme professionnel, des allergies, des maux de tête ou des irritations oculaires.
  • Sans mesure en conditions réelles, ces expositions restent invisibles : deux cabinets visuellement similaires peuvent présenter des niveaux de pollution très différents.
  • La démarche recommandée repose sur trois étapes : mesurer d’abord, agir sur les sources puis traiter les polluants résiduels.
Soins des pieds avec podologue

Chaque jour, les pédicures-podologues sont exposés à des poussières de fraisage, des composés organiques volatils (COV), des aérosols biologiques et différents agents chimiques générés par leur activité. Pourtant, dans de nombreux cabinets, ces polluants restent invisibles et rarement mesurés. La qualité de l’air intérieur constitue aujourd’hui un véritable enjeu de santé au travail pour les professionnels exposés.

Longtemps sous-estimés, ces risques professionnels liés à la qualité de l’air en cabinet de podologie s’inscrivent désormais dans une démarche plus globale de prévention, de confort de travail et de protection collective. NatéoSanté accompagne les pédicures-podologues dans cette démarche, en partenariat avec la Fédération Nationale des Podologues (FNP).

Pourquoi les cabinets de podologie sont-ils particulièrement exposés ?

L’environnement de travail d’un pédicure-podologue combine plusieurs sources de pollution qui se renforcent mutuellement :

  • Des actes techniques générateurs de poussières : fraisage des ongles épaissis, ponçage de durillons, découpe et façonnage de semelles orthopédiques
  • Des produits chimiques à usage quotidien : colles néoprène, solvants, désinfectants de surfaces, résines, produits d’entretien
  • Des locaux souvent anciens : les murs, sols et mobiliers s’imprègnent progressivement des COV sur des années, constituant une source de pollution de fond persistante même en l’absence d’utilisation active des produits
Pédicure coupant les ongles des pieds

Quels polluants retrouve-t-on dans un cabinet de podologie ?

Particules fines et poussières de fraisage

Les actes de fraisage et de ponçage génèrent une quantité importante de particules fines. Les plus petites, notamment les PM2,5 et PM1, peuvent rester longtemps en suspension dans l’air et pénétrer profondément dans les voies respiratoires. Même lorsque des systèmes d’aspiration sont présents sur les équipements, une partie des particules continue de se diffuser dans le cabinet.

Ces particules peuvent contenir :

  • des fragments kératiniques ;
  • des agents fongiques ;
  • des bactéries ;
  • des poussières de résines ou de matériaux synthétiques.

« En tant que pédicures-podologues, nous sommes extrêmement exposés aux polluants : les particules fines avec les poussières lors du ponçage, lors des soins et lors du façonnage des semelles orthopédiques. » Candice Plana, pédicure-podologue, Talence (33)

COV : des polluants chimiques persistants

Les composés organiques volatils (COV) regroupent différentes substances chimiques émises sous forme gazeuse par les colles, résines, solvants, désinfectants et certains revêtements.

Certains produits utilisés en environnement professionnel peuvent contenir des substances classées cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR). D’autres peuvent provoquer des irritations des muqueuses, des maux de tête ou des sensibilisations allergiques à moyen terme.

Dans les cabinets anciens, les matériaux s’imprègnent progressivement de ces composés sur des années, constituant une source de pollution de fond difficile à éliminer sans action en profondeur.

« Mon père, qui exerçait auparavant dans le cabinet, avait développé des polypes nasaux dus aux inhalations des polluants de l’air intérieur durant de nombreuses années. » Candice Plana

Parmi ces sources chimiques, les produits biocides désinfectants, sprays, lingettes ou désinfectants de surfaces, sont souvent sous-estimés car perçus comme des produits d’hygiène et non comme des agents émetteurs de COV. L’évolution du cadre réglementaire autour du dispositif Certibiocide rappelle l’importance du choix des produits, de leur stockage et de la ventilation lors de leur utilisation.

Aérosols biologiques

Le fraisage des ongles et certaines interventions produisent des aérosols pouvant contenir des agents fongiques ou bactériens. Ces aérosols biologiques constituent un enjeu particulier dans les professions de santé et les environnements recevant du public.

Effets sur la santé : ce que dit la littérature

Une étude transversale menée auprès de 1 353 pédicures-podologues français (ONPP/Université de Rouen, 2021) a mis en évidence que les risques liés aux poussières et aux produits chimiques figurent parmi les principaux risques professionnels de la profession.

Les effets les plus fréquemment rapportés sont :

  • troubles respiratoires : rhinites chroniques, asthme, polypes nasaux
  • irritations oculaires et des voies aériennes supérieures
  • céphalées récurrentes en lien avec l’exposition aux solvants
  • sensibilisations cutanées et allergiques

Ces symptômes apparaissent souvent progressivement, rendant difficile l’identification du lien avec l’environnement professionnel.

Odeurs et inconfort : les premiers signaux d’alerte

Les odeurs persistantes, la sensation d’air chargé, les irritations ou les maux de tête en fin de journée sont souvent les premiers indicateurs d’une accumulation de polluants.

Dans de nombreux cabinets, les praticiens finissent par ne plus percevoir certaines odeurs, phénomène d’accoutumance sensorielle bien documenté, tandis que les patients les ressentent encore fortement.

« Je recevais beaucoup de plaintes de mes patients suite à des odeurs qui les incommodaient, odeurs que moi-même je ne percevais plus, sauf quand j’étais en zone d’encollage dans mon atelier. » Candice Plana

La persistance des odeurs dans un local constitue souvent un indicateur indirect d’une mauvaise qualité de l’air intérieur et justifie une mesure objective des polluants présents.

Pédicure médicale des orteils

Des risques difficiles à évaluer sans mesure

Sans diagnostic réalisé en conditions réelles, il est souvent impossible d’identifier précisément les sources principales de pollution, les pics d’exposition ou l’efficacité réelle des actions mises en place.

Les niveaux de pollution peuvent varier fortement selon :

  • le nombre de patients  et les soins réalisés;
  • les méthodes de confection d’orthèses ;
  • les produits utilisés ;
  • la ventilation du local ;
  • la configuration des pièces.

Deux cabinets visuellement similaires peuvent ainsi présenter des niveaux de pollution très différents.

Les diagnostics réalisés en cabinets de podologie montrent régulièrement des variations importantes au cours de la journée : les pics de particules fines et de COV apparaissent lors des phases de fraisage, pendant l’utilisation de produits chimiques ou lorsque le renouvellement d’air est insuffisant.

« Dans mon cabinet, il a fallu à peu près neuf mois pour que les capteurs de COV et de particules fines PM2,5 descendent au plus bas, ce qui montre bien à quel point les polluants étaient imprégnés dans les locaux. » Candice Plana

Qualité de l’air et prévention des risques professionnels

La qualité de l’air intérieur s’inscrit pleinement dans les enjeux de prévention des risques professionnels et de santé au travail.

Les expositions aux poussières, aérosols et produits chimiques présents dans les cabinets peuvent alimenter la réflexion autour :

  • de l’évaluation des risques professionnels ;
  • de la prévention collective ;
  • de l’organisation des postes de travail ;
  • du renouvellement d’air ;
  • et du choix des équipements adaptés.

Dans ce contexte, les expositions aux poussières, agents chimiques ou aérosols présents dans les cabinets peuvent alimenter la réflexion autour du Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP).

Mesurer la qualité de l’air permet ainsi d’objectiver certaines situations d’exposition et de mettre en place des actions adaptées et proportionnées à l’activité réelle du cabinet.

Pédicure médicale en cours de traitement

Comment évaluer et améliorer la qualité de l’air de son cabinet ?

Étape 1 – Mesurer : rendre visible l’invisible

Avant toute décision d’équipement, un audit de la qualité de l’air intérieur réalisé en conditions normales d’activité permet :

  • d’objectiver les niveaux de COV et de PM2,5 ;
  • d’identifier les pics liés à certaines activités ;
  • d’évaluer l’efficacité du renouvellement d’air ;
  • de prioriser les actions correctives.

NatéoSanté propose des diagnostics réalisés directement au sein des cabinets, avec des appareils de mesure permettant de suivre l’évolution des polluants pendant plusieurs jours.

Étape 2 – Agir sur les sources : la prévention primaire

La prévention primaire reste prioritaire : choisir des produits moins émissifs lorsque cela est possible, travailler en local ventilé lors des encollages, limiter les expositions cumulées, adapter l’organisation de l’espace…

Regrouper les activités générant le plus de poussières, comme l’atelier de confection de semelles, dans un espace distinct de la salle de soins permet par exemple de réduire certaines expositions.

Étape 3 – Traiter les polluants résiduels

Pour les polluants résiduels, particulièrement dans les cabinets à fort volume de soins ou dans des locaux anciens, des solutions complémentaires de traitement de l’air peuvent être envisagées selon les résultats du diagnostic.

  • filtre HEPA pour les particules fines (PM2,5, poussières de ponçage et de fraisage)
  • filtre à charbon actif haute densité pour les COV, les colles, les solvants et les odeurs
  • filtration haute efficacité et technologies complémentaires pour les aérosols biologiques (agents fongiques, bactériens)

Le dimensionnement doit tenir compte du volume de la pièce et distinguer la salle de soins de l’atelier de confection de semelles, qui présentent des niveaux de pollution très différents.

Les pédicures-podologues exercent dans un environnement professionnel plus pollué qu’il n’y paraît. L’exposition chronique aux particules fines, aux COV et aux aérosols biologiques, souvent invisible et progressive, peut altérer durablement les conditions de travail des praticiens.

Rendre visible l’invisible constitue la première étape d’une démarche efficace : mesurer, comprendre les sources de pollution puis mettre en place des actions adaptées au fonctionnement réel du cabinet.

Sources : ONPP (rapport risques professionnels 2021, actualités 2024-2025), Université de Rouen Normandie (thèse DUMAS 2022), Idélia Santé (Certibiocide 2025), règlement européen UE n°528/2012, arrêté Certibiocide septembre 2025, INRS.