Pédicures-podologues : risques liés à la qualité de l’air intérieur et solutions de prévention
En résumé
La profession de pédicure-podologue figure parmi les plus exposées à la pollution de l’air intérieur : particules fines PM2,5 issues du ponçage et composés organiques volatils (COV) émis par les colles, solvants et désinfectants.
Les risques à long terme incluent : troubles respiratoires chroniques, polypes nasaux, allergies, maux de tête et irritations oculaires.
Nouvelle réglementation Certibiocide : la certification obligatoire pour l’utilisation des produits biocides (désinfectants de surface) est reportée au 1er juillet 2027 pour la profession, intégrée au dispositif de formation continue renouvelable tous les six ans.
Un audit de la qualité de l’air intérieur permet de mesurer objectivement les niveaux de COV et de PM2,5 avant toute action corrective.
La purification de l’air avec filtres HEPA et charbon actif constitue un levier de prévention efficace contre les deux types de polluants présents en cabinet.
La qualité de l’air intérieur est rarement la première préoccupation lorsqu’on pense aux risques professionnels des pédicures-podologues. Et pourtant, leur environnement de travail cumule deux catégories de polluants particulièrement préoccupantes : les particules fines générées par les actes techniques, et les composés organiques volatils (COV) issus des produits chimiques utilisés au quotidien.
Ces expositions, répétées des heures par jour sur des années, peuvent avoir des conséquences sérieuses sur la santé des praticiens — et, dans une moindre mesure, sur celle des patients.
Une profession doublement exposée : particules fines et COV
Les particules fines : un risque méconnu du geste technique
Chaque soin instrumentaux — ponçage de durillons, traitement de mycoses unguéales, façonnage de semelles orthopédiques — génère des particules fines en suspension dans l’air. Ces particules de moins de 2,5 microns (PM2,5) pénètrent profondément dans les voies respiratoires et peuvent, à force d’exposition chronique, provoquer des inflammations des bronches, de l’asthme professionnel ou des troubles pulmonaires durables.
En tant que pédicures-podologues, nous sommes extrêmement exposés aux polluants : les particules fines avec les poussières lors du ponçage, lors des soins et lors du façonnage des semelles orthopédiques. Candice Plana, pédicure-podologue, Talence (33)
Les COV : des polluants chimiques persistants
Les colles (notamment néoprène), les solvants, les désinfectants de surfaces et les produits d’entretien utilisés quotidiennement émettent des Composés Organiques Volatils. Certains COV sont classés cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR). D’autres provoquent des irritations des muqueuses, des maux de tête ou des sensibilisations allergiques à moyen terme.
Le problème est aggravé dans les cabinets anciens : les murs, sols et mobiliers s’imprègnent progressivement de ces composés sur des années, constituant une source de pollution de fond même en l’absence d’utilisation active des produits.
Mon père, qui exerçait auparavant dans le cabinet, avait développé des polypes nasaux dus aux inhalations des polluants de l’air intérieur durant de nombreuses années. Candice Plana
Les effets sur la santé : ce que dit la littérature professionnelle
Une étude transversale menée auprès de 1 353 pédicures-podologues français (ONPP/Université de Rouen, 2021) a mis en évidence que les risques liés aux poussières et aux produits chimiques figurent parmi les principaux risques professionnels de la profession, qui est majoritairement libérale et donc peu suivie par la médecine du travail.
Les effets les plus fréquemment rapportés sont :
- troubles respiratoires : rhinites chroniques, asthme, polypes nasaux
- irritations oculaires et des voies aériennes supérieures
- céphalées récurrentes en lien avec l’exposition aux solvants
- sensibilisations cutanées et allergiques
Ces symptômes apparaissent souvent progressivement, rendant difficile l’identification du lien avec l’environnement professionnel.
Les odeurs : un signal d’alerte à ne pas négliger
Les odeurs perceptibles dans un cabinet de podologie ne sont pas qu’une gêne esthétique : elles signalent la présence de COV dans l’air à des concentrations mesurables. Un praticien exposé quotidiennement à ces odeurs finit par ne plus les percevoir — un phénomène d’accoutumance sensorielle bien documenté — tandis que les patients, eux, les ressentent pleinement.
Je recevais beaucoup de plaintes de mes patients suite à des odeurs qui les incommodaient, odeurs que moi-même je ne percevais plus, sauf quand j’étais en zone d’encollage dans mon atelier. Candice Plana
La persistance des odeurs dans un local est un indicateur indirect d’une mauvaise qualité de l’air intérieur et justifie une mesure objective des polluants présents.
Réglementation 2026 : le Certibiocide, une nouvelle obligation à anticiper
Depuis 2024, l’arrêté Certibiocide encadre l’utilisation des produits biocides désinfectants à usage professionnel (type TP2 : désinfectants de surfaces, sprays et lingettes nettoyantes).
Après plusieurs reports, l’entrée en vigueur pour les pédicures-podologues est fixée au 1er juillet 2027, intégrée au dispositif de formation continue obligatoire avec un cycle de renouvellement tous les six ans.
Ce cadre réglementaire rappelle une réalité souvent sous-estimée : les produits désinfectants utilisés en cabinet ne sont pas anodins sur le plan toxicologique. Leur bonne gestion, choix des produits, ventilation lors de l’application, stockage adapté, conditionne directement la qualité de l’air intérieur du cabinet.
Comment évaluer et améliorer la qualité de l’air de son cabinet ?
Étape 1 : mesurer avant d’agir
Avant toute décision d’équipement, un audit de la qualité de l’air intérieur permet d’objectiver les niveaux de COV et de PM2,5 présents dans le cabinet. Cette mesure est d’autant plus utile dans les locaux anciens, où les polluants peuvent être durablement imprégnés dans les matériaux.
Le témoignage de Candice Plana est, à cet égard, particulièrement instructif : après installation d’un purificateur d’air équipé de capteurs, il a fallu neuf mois pour que les niveaux de COV et de PM2,5 redescendent à des valeurs acceptables — révélant l’ampleur de la pollution accumulée sur plusieurs décennies.
Dans mon cabinet, il a fallu à peu près neuf mois pour que les capteurs de COV et de particules fines PM2,5 descendent au plus bas, ce qui montre bien à quel point les polluants étaient imprégnés dans les locaux. Candice Plana
Étape 2 : agir sur les sources
La prévention primaire reste prioritaire : choisir des produits moins émissifs, travailler en local ventilé lors des encollages, limiter les expositions cumulées. Ces mesures de bon sens réduisent la charge polluante à la source.
Étape 3 : Purifier l’air résiduel
Pour les polluants résiduels — particulièrement dans les cabinets à fort volume de soins ou dans des locaux anciens —, la purification de l’air constitue un complément efficace. Un purificateur professionnel adapté à un cabinet de podologie doit traiter les deux types de polluants présents :
- filtre HEPA pour les particules fines (PM2,5, poussières de ponçage)
- filtre à charbon actif haute densité pour les COV et les odeurs
Le dimensionnement de l’appareil doit être adapté au volume de la pièce et à l’intensité des activités (salle de soins vs atelier de confection de semelles, qui présentent des niveaux de pollution très différents).
Les pédicures-podologues exercent dans un environnement professionnel plus pollué qu’il n’y paraît.
L’exposition chronique aux particules fines et aux COV, souvent invisible et insidieuse, peut engendrer des pathologies respiratoires durables. La réglementation Certibiocide, dont l’entrée en vigueur est fixée à juillet 2027, invite dès maintenant la profession à questionner ses pratiques autour des produits chimiques.
Agir sur la qualité de l’air intérieur de son cabinet, par la mesure, la prévention à la source et, le cas échéant, la purification, est une démarche de santé au travail qui bénéficie autant au praticien qu’à ses patients.
Sources : ONPP (rapport risques professionnels 2021, actualités 2024-2025), Université de Rouen Normandie (thèse DUMAS 2022), Idélia Santé (Certibiocide 2025), règlement européen UE n°528/2012, arrêté Certibiocide septembre 2025, INRS.





