Cliniques vétérinaires : quels risques liés à la qualité de l’air intérieur pour les équipes et les animaux ?
Ces variations sont souvent invisibles et difficiles à percevoir. Une pièce peut sembler correctement ventilée tout en présentant ponctuellement des concentrations élevées de certains polluants.
Quels sont les principaux polluants à surveiller ? Quels risques peuvent-ils représenter pour les équipes et les animaux ? Et comment mieux maîtriser la qualité de l’air d’une clinique vétérinaire ?
Quels polluants peut-on retrouver dans l’air d’une clinique vétérinaire ?
Une clinique réunit des environnements très différents : salles de consultation, préparation, chirurgie, dentisterie, laboratoire, chenil ou chatterie. Les sources de pollution varient donc fortement selon les activités.
Gaz anesthésiques
L’isoflurane et le sévoflurane sont couramment utilisés en anesthésie vétérinaire. Des émissions résiduelles peuvent survenir notamment lors de l’induction, du maintien de l’anesthésie, de la déconnexion du circuit ou du réveil de l’animal.
Cette exposition professionnelle est documentée. En 2023, l’INRS et la Cramif ont notamment publié les résultats d’une campagne menée auprès de 20 établissements de soins vétérinaires, destinée à caractériser l’exposition des professionnels aux anesthésiants volatils et à identifier les mesures de prévention adaptées.
La maîtrise de ces expositions repose en priorité sur les pratiques professionnelles, l’étanchéité et l’entretien des équipements, l’évacuation des gaz et une ventilation adaptée.
COV et formaldéhyde
Les produits de nettoyage, de désinfection, certains solvants ou produits utilisés au laboratoire peuvent émettre des composés organiques volatils (COV).
Le formaldéhyde peut notamment être rencontré lors de la manipulation de prélèvements destinés à l’analyse anatomopathologique lorsqu’ils sont conservés dans des solutions contenant du formol.
Le formaldéhyde fait l’objet en France de valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) réglementaires contraignantes : 0,3 ppm en moyenne sur 8 heures et 0,6 ppm à court terme.
Les concentrations de ces différents polluants peuvent varier fortement au cours d’une journée en fonction des produits utilisés, des activités et du renouvellement de l’air.
Particules fines
Certains soins, notamment en dentisterie, peuvent générer des particules et des aérosols. Selon leur taille, ces particules restent plus ou moins longtemps en suspension dans l’air et les plus fines peuvent pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire.
Le suivi des PM1, PM2,5 et PM10 permet notamment d’identifier les activités associées à certains pics de particules.
Micro-organismes et bioaérosols
Animaux, soins, squames, poils et particules d’origine biologique contribuent également à la composition de l’air intérieur.
Des bactéries, champignons, allergènes ou autres particules biologiques peuvent être présents sous forme de bioaérosols. Leur maîtrise repose sur une approche globale associant notamment hygiène, nettoyage, ventilation et organisation des locaux.
Il est important de distinguer leur présence dans l’air de leur capacité à provoquer une transmission : celle-ci dépend notamment de l’agent infectieux concerné et de son mode de transmission.
CO₂ : attention aux fausses conclusions
Le CO₂ est principalement utilisé comme indicateur du confinement et du renouvellement de l’air dans les espaces occupés.
Un faible niveau de CO₂ ne signifie donc pas nécessairement que la qualité de l’air est satisfaisante.
Une clinique peut être correctement ventilée tout en connaissant ponctuellement des pics de COV, de particules fines ou de formaldéhyde liés à certaines activités.
Des expositions qui concernent toute l’équipe
La qualité de l’air concerne l’ensemble des professionnels de la clinique, avec des expositions qui varient selon les fonctions et les activités réalisées.
Vétérinaires et auxiliaires spécialisés vétérinaires (ASV) peuvent notamment être exposés lors de la préparation des salles, des soins et interventions, de l’anesthésie, du nettoyage et de la désinfection ou encore de la prise en charge des animaux hospitalisés.
Le personnel chargé de l’entretien est davantage exposé aux produits chimiques utilisés pour le nettoyage et la désinfection, tandis que les collaborateurs présents à l’accueil et dans les espaces de consultation sont régulièrement en contact avec les allergènes et particules d’origine animale.
L’évaluation des expositions doit donc tenir compte des postes de travail, des tâches réalisées, de leur fréquence et du temps passé dans les différents espaces de la clinique.
Quels risques pour la santé ?
Les effets potentiels dépendent de la nature des polluants, de leur concentration, de la fréquence et de la durée d’exposition.
À court terme, certains polluants présents dans l’air peuvent notamment être associés à des irritations des yeux et des voies respiratoires, des maux de tête ou des symptômes d’inconfort. Les allergènes d’origine animale peuvent également favoriser des manifestations allergiques chez les professionnels sensibilisés.
Les expositions répétées ou chroniques nécessitent une vigilance particulière pour certaines substances. Le formaldéhyde est notamment classé cancérogène pour l’être humain et fait l’objet de valeurs limites d’exposition professionnelle réglementaires. L’exposition aux anesthésiants volatils constitue également un risque professionnel étudié spécifiquement dans les établissements vétérinaires.
Les conséquences potentielles ne sont donc pas les mêmes selon le polluant rencontré, ce qui souligne l’intérêt d’identifier les sources et d’évaluer les expositions avant de définir les mesures de prévention adaptées.
Et pour les animaux : la qualité de l’air participe aussi à la maîtrise du risque infectieux
Dans une clinique vétérinaire, la maîtrise de l’environnement est essentielle pour limiter la transmission d’agents infectieux entre animaux, en particulier dans les espaces où ils se succèdent ou séjournent à proximité : salles d’attente, consultations, chenils, chatteries, hospitalisation et zones d’isolement.
Virus respiratoires et calicivirus : des risques à prendre en compte
Plusieurs agents infectieux particulièrement surveillés dans les établissements vétérinaires peuvent se transmettre par voie respiratoire, par gouttelettes ou, selon les agents et les circonstances, par aérosols.
Chez le chat, le calicivirus félin (FCV) constitue notamment un enjeu important en collectivité et en établissement vétérinaire. Très contagieux, il peut se transmettre par contact direct ou indirect avec des sécrétions contaminées. Une diffusion par aérosols a également été mise en évidence dans des établissements hébergeant des chats excréteurs.
D’autres agents responsables d’affections respiratoires, comme certains virus influenza, virus parainfluenza, herpèsvirus ou coronavirus respiratoires, font également partie des agents pris en compte dans les démarches de prévention et de biosécurité des établissements vétérinaires.
Les recommandations de l’AAHA (American Animal Hospital Association) identifient ainsi parmi les agents nécessitant une attention particulière en hôpital vétérinaire le calicivirus félin, l’herpèsvirus félin, la maladie de Carré, les virus influenza canins, le virus parainfluenza canin ou encore le coronavirus respiratoire canin.
Un risque accru dans les espaces accueillant plusieurs animaux
Le risque infectieux est particulièrement important lorsque des animaux potentiellement contagieux côtoient des animaux fragiles ou lorsque plusieurs patients se succèdent dans les mêmes locaux.
Les espaces d’hospitalisation et d’isolement nécessitent donc une vigilance particulière, de même que les salles d’attente et de consultation lors d’épisodes infectieux.
Les animaux très jeunes, âgés, immunodéprimés ou présentant une pathologie respiratoire peuvent par ailleurs être particulièrement vulnérables.
L’air, une composante parmi d’autres de la biosécurité
La maîtrise des agents infectieux ne repose évidemment pas sur le traitement de l’air seul.
Elle nécessite une stratégie globale associant identification et isolement des animaux contagieux, gestion des flux, hygiène des mains, nettoyage et désinfection des surfaces et équipements, ventilation et renouvellement d’air et, lorsque cela est pertinent, des mesures complémentaires permettant de réduire la concentration de particules et de micro-organismes en suspension dans l’air.
Les recommandations de biosécurité vétérinaire insistent notamment sur l’isolement des animaux infectieux et prévoient, pour les agents transmissibles par aérosols, des mesures spécifiques concernant la ventilation des locaux d’isolement.
La qualité de l’air s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de prévention des contaminations croisées et de maîtrise du risque infectieux en clinique vétérinaire.
Pourquoi mesurer la qualité de l’air d’une clinique vétérinaire ?
Les odeurs ne permettent pas de déterminer précisément la nature ou la concentration des polluants présents.
Certains peuvent être présents sans être perceptibles, tandis que l’habituation olfactive réduit progressivement la perception de certaines odeurs.
Mesurer permet de passer d’une perception subjective à des données objectives.
Observer ce qui se passe pendant l’activité réelle
Une mesure réalisée pendant plusieurs jours en conditions normales d’activité permet d’observer l’évolution du CO₂, des particules fines, des COV ou encore du formaldéhyde et de mettre les variations observées en relation avec les activités de la clinique.
Un pic de particules peut par exemple coïncider avec une activité particulière, tandis qu’une augmentation des COV peut apparaître après l’utilisation de certains produits.
Cette approche permet de mieux comprendre où, quand et dans quelles circonstances la qualité de l’air se dégrade.
À noter : la mesure de ces paramètres ne permet pas de quantifier directement les micro-organismes présents dans l’air, qui nécessitent des méthodes de prélèvement et d’analyse spécifiques. De même, un diagnostic général de qualité de l’air ne remplace pas les méthodes de prélèvement spécifiques nécessaires à l’évaluation réglementaire de l’exposition professionnelle à une substance donnée.
Et dans votre clinique, savez-vous ce que vous respirez réellement ?
NatéoSanté propose un diagnostic de qualité de l’air réalisé pendant une semaine d’activité normale, permettant de suivre le CO₂, les particules fines, les COV et le formaldéhyde afin d’identifier les principales variations et les situations susceptibles de les générer.
Comment améliorer la qualité de l’air d’une clinique vétérinaire ?
Une fois les principales sources identifiées, plusieurs niveaux d’action peuvent être envisagés.
Réduire les polluants à la source
La priorité consiste à éviter ou réduire les émissions : substitution d’un produit lorsque cela est possible, adaptation des pratiques, fermeture des contenants, entretien des équipements, contrôle de l’étanchéité des circuits d’anesthésie ou encore captage des polluants à la source.
Cette approche est conforme aux principes généraux de prévention des risques professionnels : éviter le risque et le combattre à la source doivent rester prioritaires.
Assurer un renouvellement d’air adapté
La ventilation et l’aération permettent de renouveler l’air intérieur et contribuent à l’évacuation des polluants.
Le suivi du CO₂ peut apporter des informations utiles sur le niveau de confinement d’un espace occupé, mais il ne permet pas à lui seul d’évaluer l’ensemble des polluants présents dans l’air.
Compléter si nécessaire par du traitement de l’air
Lorsque certaines sources ne peuvent pas être totalement supprimées, la filtration et la purification de l’air peuvent constituer une mesure complémentaire de protection collective, à condition que l’équipement soit adapté aux polluants concernés et correctement dimensionné.
Selon les technologies employées, un équipement peut par exemple cibler les particules fines, les allergènes et certains bioaérosols ou intégrer des médias destinés à réduire certains polluants gazeux.
Un purificateur d’air ne remplace donc ni la ventilation, ni le captage à la source, ni les bonnes pratiques professionnelles. Il s’intègre dans une démarche globale de maîtrise de la qualité de l’air.
Mieux connaître l’air pour mieux agir
Gaz anesthésiques, COV, formaldéhyde, particules fines ou bioaérosols ne proviennent pas des mêmes activités et ne nécessitent pas les mêmes mesures de prévention.
Identifier les sources et objectiver la qualité de l’air permet de mieux cibler les actions à mettre en œuvre pour améliorer l’environnement intérieur de la clinique, pour les professionnels comme pour les animaux qui y sont accueillis.
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Sources : INRS, « Exposition aux anesthésiants volatils dans les établissements de soin vétérinaires », 2023. – INRS, « Formaldéhyde – Valeurs limites d’exposition professionnelle », mise à jour 2026. – ABCD – European Advisory Board on Cat Diseases, « Guideline for Feline Calicivirus Infection », mise à jour 2025 ; AAHA, « Infection Control, Prevention and Biosecurity Guidelines ».



